Je suis Charlotte

Est-ce que je suis celle que les gens croient que je suis? Ma famille a une grande place dans ma vie. Côté maternel, je suis Aveyronnaise. Ce côté là reste un appui fort, j’aime beaucoup les retrouver. Du côté de mon père, c’est une famille que je pourrais qualifier de “déconstruite Afghane”! Mon père n’a pas vécu avec mon grand-père et, pour cette raison et bien d’autres il n’est pas stable. Il a fait un passage chez les Mormons, dont il nous a imposé les règles de vie. En fait, ce que j’aimerais dire de cette famille, c’est que je n’y ai jamais trouvé réellement ma place. Ça a commencé très tôt… l’attente de mes parents, c’est que je devais naître garçon et en fait je suis née fille. Je pense que mon père a été déçu, au moins jusqu’à ce que mon frère arrive. Du coup, mes tantes ont ressenti mon manque, et elles m’ont couvé. Plus tard, on m’a fait sauter une génération : j’ai dû prendre le rôle du père de mon frère, et aussi parfois celui de ma mère.

J’ai vécu en France jusqu’à cinq ans, ensuite nous avons suivi mon père en Espagne. Pendant toute ma vie, j’ai été l’espagnole en France et la française en Espagne ! Pour moi, l’enfance reste synonyme de vulnérabilité. J’ai bien sûr de bons souvenirs, mais ce n’est pas une époque que je revivrais. Et puis il y a eu une période plus dure, après le divorce de mes parents. J’ai dû prendre de la distance, pour me sauver, avec beaucoup de mal parce que je me sentais coupable de les laisser dans leurs problèmes. J’avais bien un refuge en France, avec ma famille maternelle, mais mes amis étaient en Espagne. Dans mon adolescence, je me suis beaucoup amusée, mes parents étaient plus préoccupés par mon frère. Mais c’était difficile au fond : je fuyais la maison, et pour ça toutes les raisons étaient bonnes pour ne pas y dormir. .Alors je me suis mise en couple tôt, sans doute pour compenser ce manque.